Les trois grandes périodes

Trois dynasties de porcelainiers  à Bayeux

L'histoire de la porcelaine de Bayeux  se présente en 3  étapes liées aux familles qui se sont succédées à la tête de la manufacture : 
Langlois
 (1812-1849)
Gosse (1849-1878)
Morlent (1878-1951) 


LA PÉRIODE LANGLOIS 1812-1849

Pierre Joachim Langlois et son épouse acquièrent dès le 9 juin 1812 les bâtiments de l’ancien couvent des Bénédictines de Bayeux, mis sous séquestre à la Révolution. Il s’agit de l’acte de fondation de la manufacture de porcelaine de Bayeux.

En 1812 c'est une modeste manufacture :
-avec 4 tours dont un mécanique (équivalent à 4 tours ordinaires) inventé par PJ Langlois
-1 seul four grand-feu
-3 fours à moufle pour les décors.
pour une production annuelle de 40.000 à 60.000 pièces

En 1815, second tour mécanique pour les 30 employés.

En 1844, 24 tours mécaniques 70 font travailler  ouvriers pour une production annuelle de  100.000 à 130.000 pièces. La cuisson se déroule en 36 fournées annuelles dans  2 fours à  2 étages dont un  de 3,60 m de diamètre. et dans  3 fourneaux à moufle.


Quelle type de production ?

Les pièces les plus anciennes, "de luxe" signées « Bayeux » présentent des motifs posés sur l’émail avec des contrastes d’or mats et brillants, parfois enrichis de fleurettes polychromes dans un style hérité du XVIIIe siècle. 


On trouve d'abord, comme autrefois, à  Valognes, sur des vases, coupes, services de style Directoire et Empire, des décors  blanc et or (filets et guirlandes) eu polychrome

Ensuite,  après 1820 (avec l'introduction du "grand feu") la production évolue et change poiur produire  les porcelaines les plus célèbres de la période Langlois qui  sont aux motifs bleurouge et or, inspirés des porcelaines extrême-orientales. 

Décor fleur de pommier rouge
Ce triple motif caractérisera  "les couleurs classiques" de la manufacture de Bayeux.


Madame veuve Langlois continuera mais ajoutera un décor "fleurs de pommiers" en rouge d'inspiration asiatique ou dans des décors de fleurs.


A noter que les pièces décorées ne correspondent qu' à 5% de la production et que beaucoup sont réalisées  sur commande  ce qui explique la variété des formes avec des couleurs spécifiques.


Vinaigrier.(Veuve Langlois 1830-1849)
Riche décor avec motifs bleu, rouge et or

Tulipière J Langlois
bleu, rouge , or












vases décor bleu grand feu et
 polychrome feu de moufle. 1820
 
vases bleu et vert grand feu
et  polychrome feu de moufle 1840

vase décor bleu grand feu
rouge/or feu de moufle 1844
Encrier, blanc et décor or au feu de moufle

Décor bleu grand feu et rouge et or feu de moufle
1845
vase bleu
grand feu 1845



En effet la porcelaine "blanche", développée par la "Veuve Langlois, 1830-1847", solide et résistante au feu, très réputée,  d'usage courant destinée :
-aux ménages : pots à eau, brocs, cuvette, vaisselle, ...
-chimie une centaine d'objets sont produits, capsules, creusets, barils pour l'acide, entonnoirs, pots, mortiers, tubes,  ballons
-utilitaires : roues de lit, rea de poulie (1819), et  en 1823,  réalisation des premières  plaques de rue en porcelaine, "caustographies" (dessin sur une plaque de porcelaine qui n'auront que peu de succès..)

A l'exposition nationale de  1844 sont présentés : 77 instruments de chimie, 19 articles de ménage et  seulement 5 pièces décoratives.

Pot à eau et sa cuvette. 1827
Plaque de place  à Bayeux 1827
Capsule 1827














Joachim Langlois ouvra une boutique dépôt à Paris au n°88, rue du Faubourg-Saint-Martin puis au n°80. Plus tard, ce dépôt fut installé au n°8, rue Martel. Dans ces années 1820, la renommée de la manufacture dépassa largement les frontières nationales pour atteindre la Russie et les Etats-Unis. La célébrité de la manufacture toucha bientôt les couches les plus élevées de la société. C’est ainsi qu’au cours de l’année 1828, la Duchesse de Berry et de nombreuses autres personnalités avaient tenu à visiter le magasin de Paris et à y faire des achats importants. En 1834, à la Grande Exposition Nationale, place de la Concorde à Paris, la manufacture fut récompensée d’une médaille de bronze.


A la mort de Madame Veuve Langlois (1847), l'effectif de la fabrique comprend 150 personnes ; après beaucoup de mésentente entre héritiers, ses filles Jeanny et Sophie continuent à gérer mais l'arrivée de la révolution de 1848 provoque le déclin (25 ouvriers). Il faut vendre la manufacture.

Aujourd'hui la porcelaine Langlois, la plus ancienne, est  la plus prisée, en effet c'est  la plus richement décorée, et donc devenue... la plus chère !




LA PÉRIODE GOSSE 1849-1878

Publicité Gosse 1860
Le 10 octobre 1849, François Gosse (commerçant en porcelaine à Paris) est le seul enchérisseur à la vente à la bougie de la manufacture. Lorsque M. Gosse était arrivé, la fabrique n’occupait plus que 25 ouvriers, en effet le contexte a été  défavorable,  règlement difficile de la  de succession en pleine révolution de  1848... Le chiffre d'affaires annuel est divisé par 3 année  1848 passant de 90.000 francs à 30.000.

Peu d’années après, elle comptera 130 ouvriers et la production de 30 tours suffisait à peine aux commandes.

En effet, Gosse s'engage dans la modernisation.
-En 1857, il crée un nouveau "four à alandier" souterrain qui réduit la durée de cuisson au bois de 32 à 28 heures et qui sera  à la houille (anglaise) en 1859.  En 1863, il y aura  4 fours à alandier. 



Le nouveau four  à alandier a un diamètre de  4 m sur  3 m de hauteur en dôme. 

Il est chauffé sur sa circonférence  par 5 alandiers (foyers) et par en dessous  par un alandier central souterrain. 

Désormais la chaleur est bien uniforme








-Au même moment création de la ligne Paris-Cherbourg par la compagnie des Chemins de fer de l'Ouest, inaugurée le 4 Août 1858 qui permet l'arrivée du kaolin par voie ferrée

 Ainsi la productivité s'améliore qui amène une baisse des prix de vente dès 1854 (baisse de 30 à 50% par rapport en 1848)
 L’effectif de la manufacture  se situe entre  100 et 130 ouvriers entre  1855 et 1876

La production évolue peu avec moins de "luxe" et davantage de porcelaine blanche  (labo, chimie) et avec une nouveauté avec la porcelaine de ménage, en effet la porcelaine de Bayeux à une réputation de "grande solidité".

Matériel de cuisine

Dès 1855, les signatures apposées, « GOSSE/Bayeux », « G/Bayeux » et « Bayeux » permettent d’identifier le Bayeux période Gosse jusqu’en 1879. D’abord d’inspirations orientales, les motifs évoluent progressivement vers une simplification avec la  standardisation d’un motif végétal inspiré par la fleur de pommier en rouge  Celui-ci remporte un véritable succès et constitue le principal décor développé à partir de 1870, sous la direction de Paul Gosse. Toujours avec des motifs  bleu, rouge et or, et surtout des dominantes bleues : branchettes bleues avec fleurs rehaussées or, fond bleu grand feu garni de fleurs rouge...), décor  à la pomme (pomme, feuilles, fleurs), décors bleu et or, blanc et or,  rouge et or.
 

En fait cette période correspond  à des décors très variés : bleu et or,  rouge et or, blanc et or, polychrome, " à la pomme",  fleurs et feuilles,  avec des scènes  mythologiques, fleurs, oiseaux, papillons 


La manufacture remporta des prix  lors des Expositions Universelles (New-York 1853, Bruxelles 1857 et  des médailles d’or aux expositions de Londres en 1862 et de Paris en 1867.

Les autres articles en porcelaine blanche continuent à être produits sans grande  innovation mais en quantité avec 308.000 objets inventoriés dans les magasins en 1878 répartis ainsi : 
-39% d'ustensiles de chimie, dont beaucoup de "capsules" (forme de petit bol)
-61% d'articles de ménage


Inspiration orientales, début période Gosse

Tulipière : Motif végétal "fleur de pommier"
en bleu "grand feu" 1870


Service à thé, bleu grand feu,
réhaussée d'or feu de moufle  
destiné à Nap.III et impératrice
passage à Bayeux   le 4 août 1858


décors variés: feu de  moufle 1860 :
 or  / polychrome / bleu






LA PÉRIODE MORLENT 1878-1951


Pub années 30
L’acquisition de la manufacture le 9 septembre 1878, par J. Morlent (26ans), se caractérise par l’entrée dans lère industrielle
-Introduction de la force motrice (1886) avec installation d'une machine à vapeur 
-Modernisation du façonnage des pièces par coulage  nécessitant  beaucoup d'eau ne sera mis en place  qu"en 1898 lorsque la ville sera dotée d'un réseau d'eau courante
-Diversité de production

Le dynamisme de l'entreprise  amène une grande diversité de production : toujours des pièces décorées  à la main, mais surtout  de la porcelaine d'usage courant, produits techniques pour laboratoires. Pour la vente, en plus de la boutique de Paris, il existe de nombreux catalogues illustrés par un  service commercial  avec des possibilités de déclinaison en différentes tailles et décors, réalisés avant émaillage et cuisson à 1410°.

L'entreprise compte désormais plus de 130 ouvriers, ce qui en fait une des entreprises les plus importantes de Bayeux, qui  a créé  une "Société de secours mutuels des ouvriers" mise en place en  1883.



La production  de matériel de chimie offre  un débouché commercial des plus prometteurs, qui se développe, et devient  le fer de lance de l'entreprise, En chimie, des millions de pièces sont faites à Bayeux ce qui représente plus de  80 % de la productionnéanmoins, l'on fabrique toujours beaucoup de produits de "ménage", et bien sûr de belles  porcelaines traditionnelles. 

Matériel de chimie (1950)

Matériel de laboratoire

Catalogue Ménage de  1912



Pour la décoration des porcelaines, J Morlent abandonne à partir de 1885  les luxueux décors obtenus après émaillage avec cuisson au feu de moufle. Toutefois, il travaille avec des artistes  en peinture sur porcelaine.
Les décors réalisés à la main et au pinceau

  • "Saxe"  en bleu de cobalt (1880), décor en bleu de cobalt (imité des porcelaines allemandes) souvent réhaussé de filets or. 

Chocolatière, décor Saxe
bleu de grand feu
Cafetière et son réchaud 1890
décor Saxe



  • "Barbeau"   (1885), décor en bleu et vert olive grand feu
    Verseuses décor Barbeau 1937
    Divers, décor "barbeau" vert et bleu de grand feu,
    1920


     


  •  "pomme  ou fleurs de pommier"  qui  se retrouvent sur les "pièces de ménage" proposés en plusieurs dimensions.

Porcelaine de ménage, décor "pomme"
1880


Enfin, est élaboré le décor « marguerite », une création de J. Morlent (1885) spécifiquement bayeusaine,  avec de sobres et harmonieux filets bleu.

Décor  à la "Marguerite"

Porcelaine de ménage, décor "Marguerite"















Après 1910 mise en œuvre  d'une nouvelle pâte à porcelaine vitrifiant à 1280° au lieu de 1410°, mise au point  par le fils  Morlent,  ingénieur diplômé de l'école de Céramique de Sèvres.  De fait, de nouvelles formes et couleurs apparaissent.

La première guerre mondiale brise cet élan de modernisme. Dans l'entre deux guerres, les articles de ménage prennent des couleurs (jaune, vert olive, bleu, acier...). Le "design"  commence à apparaître.  Vers 1930 se développe  un décor marguerite simplifié à un seul filet bleu en bordure accompagné de quelques  décors (dans un but d'économie)

   
design




Porcelaines nouvelles de 1914

En 1928 le gisement de Kaolin de s Pieux est épuisé, JP Morlent crée une nouvelle pâte à partir de kaolin de Cornouailles, de sable de la Nièvre,  d'hallocyte d'Algérie.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la production est totalement désorganisée, d'autant que la famille Morlent refuse de collaborer,  Jean Pierre, le fils Morlent,  est fait prisonnier en Allemagne pendant toute la guerre.


TABLEAU DE SYNTHESE







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Partition de la chanson
"La porcelaine de Bayeux"
vers 1900





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